mercredi 8 novembre 2017

Entretien avec le Cercle Curiosa (Mai 2011)



J'avais donné un entretien au Cercle Curiosa en mai 2011.
Il avait alors été publié dans un ouvrage,  édité par Alexipharmaque en février 2013.
Après accord de l'éditeur, voici aujourd'hui l'entretien dans son intégralité.


Laurent James, vous notez que le temps des maîtres est passé, et que celui qui cherche à s’étancher se retrouve seul, fatalement. Est-il encore possible d’accéder à la source en affirmant sa propre individualité ? Vous posiez cette même question à Guillaume Dustan il y a quelques années, pourriez-vous y répondre vous-même ?

Je ne me lasserai jamais de citer cette phrase absolument fondamentale de Jean Phaure : « Le long escalier descendu au long des Ages d’Argent, d’Airain et de Fer l’a été collectivement ; c’est individuellement, mais par l’Amour et la Connaissance, que nous pouvons aujourd’hui espérer le remonter ». L’histoire de ces derniers siècles peut en effet se résumer à une lente dissolution de toutes les véritables communautés humaines, qui basaient le principe de leur cohésion verticale sur la volonté de produire une connaissance transcendantale, tout en s’accompagnant d’une lente affirmation des parties les plus basses de l’individu, celles qui tendent à le couper de toute relation intime d’ordre musical avec le cosmos. Pour résumer ce phénomène, on peut dire que l’essence de la communauté s’est effondrée au bénéfice intégral de la substance de l’individu. Or, de fausses communautés ont vu progressivement le jour, sur le principe d’une cohésion horizontale de sous-individus déstructurés : tout est désormais réduit au lieu commun de la substance luciférienne, qui n’est autre qu’indifférenciation, confusion et division (le chaos), à l’opposé même de l’essence divine qui est harmonie, fusion et distinction (l’ordre). Il va de soi que cette substance luciférienne est le substrat métaphysique de l’argent, ce liant planétaire de la vaste confiture moisie des derniers hommes, et que tout ceci relève d’une dynamique entièrement régentée par le Banquier, Souverain de l’Apocalypse et Prince de ce Monde. Nous trouvons ici un autre exemple du mensonge réactionnaire, qui ne cesse de claironner que l’individu est la brique de la société moderne. On peut au contraire démontrer en cinq minutes que n’importe quel Néandertalien des rives de la Vistule méritait plus d’être dénommé individu qu’un technico-commercial au service marketing d’une entreprise pétrochimique auxerroise. Jean Phaure proposait donc tout simplement de renverser le Vortex de la Merde, en réinvestissant l’essence élective de l’individu contemporain par la restauration du désir de l’unité primordiale (l’amour) et de la hiérarchisation de soi sur le modèle des lois cosmiques (la connaissance). Je rajouterai que cette émergence nécessaire du surhomme est tout à fait compatible avec la loi des cycles de l’humanité, puisque l’on peut remarquer qu’à chaque nouveau manvantara (cycle de 64800 ans), il surgit un nouvel Adam : l’Homo Heidelbergensis en 451440 avant notre ère (date de création de l’homme adamique, couronné à la fois par le Fils – la découverte du langage – et le Saint-Esprit – la maîtrise du feu). Le Néandertalien en Europe en 321840, l’Homme Moderne en Afrique en 192240… Notre manvantara actuel est le septième du grand cycle – le kalpa – qui en comporte quatorze. Les sept jours de la création du monde évoqués dans la Genèse sont une description de ces sept manvantaras, dont le reflet eschatologique se trouve dans les sept églises d’Asie auxquelles s’adresse Saint Jean. C’est en 2160 que s’opérera donc la prochaine mutation génétique de l’espèce humaine, qui peut se décrire selon les outils de la biologie quantique par une rencontre entre le déterminé et le Vide Suprême. Elle donnera naissance à ce que j’appelle l’Anarchiste Solaire, dont Antonin Artaud fut une des plus ardentes préfigurations au cours du dernier siècle, pour peu que l’on veuille bien le lire sérieusement. Ce pauvre Dustan sentait très-obscurément l’occurrence d’une telle révolution intégrale, qu’il n’a su traduire qu’en des termes infantiles et épileptiques, rejetant ses espoirs sur un paganisme polynésien d’opérette très éloigné des exigences disciplinaires régnant jadis sur le continent de Mû.



II. En essayant d’imaginer le temps qualifié, on peut se figurer une hélice spiraloïde en mouvement, hélice composée elle-même d’hélice etc. Que pensez-vous des travaux de Jeremy Narby ? Pensez-vous que certaines drogues bien utilisées peuvent ouvrir certaines portes jusqu’alors verrouillées ? Les psychotropes offrent-ils de simples illusions ou sont-ils un don fait aux hommes ?

Je connais peu la pensée de Narby. Sa célèbre phrase « Pour un être humain comprendre la biosphère est sans doute aussi compliqué que pour une fourmi comprendre New York » est entièrement fausse. La structure de New York est ordonnée selon ce que l’esprit humain moderne croit comprendre ce qu’est l’ordre : diagonales, parallèles et perpendiculaires en superpositions compliquées de grilles développées sur trois dimensions. Or, l’ordre véritable – le cosmos – est évidemment plus qualifié que quantifié. Comme l’a très bien démontré Guénon dans Le Règne de la Quantité, ce n’est pas le volume qui donne du sens à l’espace, mais la direction de ses principales lignes de fuite, ou son orientation, si vous préférez. La structure générale de New York n’est pas orientée : c’est un système clos qui n’existe que par rapport à lui-même, et si la fourmi ne le comprend pas, c’est surtout parce que l’ordre de cette ville est infiniment moins complexe que l’ordre intérieur, organique, de la fourmi, laquelle existe entièrement par rapport au monde. Or, si New York peut être harmonieuse, la biosphère, elle, est harmonique : je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’être musicien pour comprendre la différence essentielle entre ces deux termes. Il n’est pas si compliqué que cela pour un homme de comprendre la biosphère, parce que la structure de l’homme est analogue à celle de la biosphère. Il suffit de se connaître soi-même pour connaître le cosmos. Paul Claudel faisait remarquer que connaître réellement un élément consistait à naître avec lui (« co-naître »). La plupart des méthodes d’accès à la connaissance mises en œuvre par les guides spirituels de tous ordres reposait sur le principe de la renaissance d’une partie de leur esprit, une re-virginisation spirituelle pour être le mieux à même de recevoir et de comprendre. Des druides gaulois jusqu’à Miyamoto Musashi (qui prônait la subsumation par le vide), ça se vérifie. Le danger est que n’importe quel profane peut croire que s’il s’agit d’être vierge pour accéder à la connaissance, alors il peut être, lui, un aussi bon Brâhmane que les autres. Et comme il ne tarde pas à s’apercevoir que s’il parvient facilement à rejoindre le Néant, le Vide lui reste absolument inaccessible, alors il risque de vouloir précipiter artificiellement les choses en prenant de la drogue. Le problème est le suivant : à l’instar des autres véhicules célestes disponibles pour une élite compétente et disciplinée, la drogue, ça se mérite. Les psychotropes ne sont pas un don fait aux hommes de manière générale, mais un don fait à certains hommes. C’est une question très liée à la médication, par ailleurs : le Prêtre qui connaît les substances permettant d’ouvrir le crâne en deux pour y laisser pénétrer la lumière céleste, connaît également les substances qui guérissent les souffrances du guerrier ou du travailleur. De même que l’artiste est un Prophète dégénéré, le médecin est un Prêtre sans autorité légitime. Prenez l’exemple de l’alcool, et regardez le nombre impensable de gens qui ne savent pas boire. Vous avez ceux qui racontent très rapidement des imbécillités, alors que l’alcool devrait permettre, au contraire, de recevoir des éclairs de vérité ! C’est toute la différence, au fond, entre l’alcoolique (Gainsbourg) et l’ivrogne (le Professeur Choron). Si l’alcool est interdit dans l’Islam, c’est bien parce que cette religion ne croit pas en l’homme, et qu’elle prend toutes les conclusions qui s’imposent face à son abrutissement progressif. Moi, ce qui me rend particulièrement dingue, ce sont les gens qui se droguent par délassement, pour « souffler un peu », pour « se vider la tête », etc. Ils sont toujours guidés par le principe du plaisir, jamais par celui du travail et de la distinction. Dominique De Roux s’est beaucoup dépensé pour diffuser en France les oeuvres de drogués de haute teneur comme Allen Ginsberg, Burroughs et Claude Pélieu. Il disait que ces écrivains annonçaient une future mécanisation de l’homme et une humanisation de la mécanique – ce qui est par ailleurs une assez bonne description de la prochaine Ere du Capricorne (l’Age d’Or du prochain Manvantara), laquelle sera paradoxalement placée sous l’égide du Royaume Africain. Regardez le tableau Dustheads de Basquiat, vous comprendrez ce que tout cela signifie. Il reste que le seul Prophète du vingtième siècle à avoir su utiliser systématiquement la drogue comme moteur de connaissance métaphysique fut Roger Gilbert-Lecomte, et que ses écrits sont encore loin d’avoir percé la croûte d’ignorance qui les protège heureusement de toute récupération par la Culture.


III. Vous considérez la Russie comme un glacis perdu dans les limbes d’un sommeil magnétique. Le réveil de l’Est sonnera le grand retournement des valeurs. Avez-vous une idée des signes qui pourraient démontrer le réveil de l’ours Russe ? Comment interprétez-vous les récentes déclarations de Vladimir Poutine, proposant un espace commun entre l’Europe et la Russie ? S’agit-il selon vous d’une simple proposition économique et politique ? Y voyez-vous autre chose ?

Il faut lire Genève ou Moscou de Drieu La Rochelle, qui montre les raisons pour lesquelles la seule issue pour un jeune homme de 1927 était de lutter pour « les Etats-Unis d’Europe », c’est-à-dire une structure politique permettant de faire émerger un troisième terme entre le capitalisme et le communisme, ou plutôt, entre l’impérialisme de l’Amérique et celui de la Russie. Drieu, en effet, ne pensait pas du tout que le communisme représentât une quelconque alternative au capitalisme, écrivant que ces deux systèmes étaient intimement liés par le matérialisme et la Machine. Il pensait que la Russie et les USA étaient beaucoup plus proches que ce que l’on imaginait, d’une part parce que « la Russie avait rejoint l’évolution démocratique européenne à son point extrême de développement, l’américanisme », et d’autre part parce que le capitalisme était entré dans une deuxième phase de son histoire où, après le « capitalisme anarchique et le temps des doctrines » (basé sur une alliance formelle entre l’ordre bourgeois et l’ordre traditionnel), surgissait le « capitalisme organisateur et le temps des méthodes », basé sur le renversement des pères et l’établissement d’un ordre nouveau. « Aujourd’hui, le Capitalisme tend par divers moyens à organiser la production. Le principe ancien grâce auquel a pu naître et grandir le Capitalisme, ce fut la concurrence. Or, nettement le Capitalisme se retourne contre son principe d’origine pour le corriger et, de correction en correction, il prend le chemin de l’anéantir », allant jusqu’à écrire : « le capitalisme veut communiser la consommation, c’est-à-dire qu’il lui faut la rendre égalitaire ». Pasolini décrit le même processus dans ses Ecrits corsaires, évoquant la seconde phase d’un capitalisme qui se débarrassait de l’ordre ancien (Eglise, armée, etc.) pour établir un nivellement radical de l’humanité. Par ailleurs, Drieu réfutait le fascisme – du moins, en 1927 – car il ne croyait pas aux solutions nationales quelles qu’elles soient. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de proposer une alternative en érigeant un modèle spécifiquement européen, puisque l’Europe est définitivement morte – tuée, entre autres, par la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci ayant été orchestrée dans le but d’en finir définitivement avec le Continent du Milieu. Aucun dirigeant n’a pris la peine d’écouter les conseils de Drieu ou de Jacques Maritain, lequel plaidait également pour une souveraineté politique de l’Europe. Ils en avaient encore le droit, du temps où l’Europe valait quelque chose. En 2011, personne ne peut dire sérieusement que l’Europe soit prise en tenailles entre le modèle américain et le modèle russe, car il n’existe strictement aucune différence entre les USA et l’Europe sur le plan historico-symbolique : c’est bien la matrice de l’Occident, qui s’est diffusé sur presque toute la planète. La Russie, elle, a la chance d’avoir vu naître sur son sol un des plus grands Prophètes des derniers siècles : Dostoïevski, et de l’avoir très intelligemment digéré. Le peuple russe est le plus authentiquement cultivé du monde, et je vous défie de trouver un habitant de Saint Petersbourg ou de Moscou qui ne sache pas par cœur un passage entier des Frères Karamazov, et qui n’embraye pas ensuite sur une apologie de Khlebnikov ou de Marina Tsvetaeva. Lisez la préface aux Possédés, cette lettre stupéfiante adressée à Alexandre II, et vous verrez que Dosto avait tout compris sur la destinée métaphysique de la Russie. Il pensait que, à l’instar de tout grand pays, la Russie devait conserver son entière autonomie et ne pas se rallier à l’Europe. Il n’y a pas de différence de fond entre les pensées métapolitiques de Dostoïevski et les idéaux des fondateurs de l’eurasisme des années 1920, les Troubetskoy et Alexeiev : il s’agit toujours de s’opposer au pétersbourguisme, et de s’ancrer dans l’immutabilité polaire de l’Empire des Premiers Temps, celui qui servit de plate-forme de lancement de l’Homme de Néandertal vers l’au-delà des montagnes de l’Altaï. Le problème de Poutine est de ne pas avoir pu (ou voulu) se placer sous l’égide du Métropolite de Moscou, ce qui constitue la cause directe de son échec partiel face à la Banque. Mais on peut considérer que la Russie est elle-même – essentiellement – une autorité spirituelle, et que le processus d’enlaidissement et de souillure du pays par la modernité finira par tomber sur un os. Souvenez-vous de ce que disait Saint Maximilien Kolbe : le grand renversement aura lieu lorsque la Vierge apparaîtra sur la Place Rouge. Ce sera alors la véritable inauguration du Royaume Eurasien, que devra ensuite impérativement, impérieusement et impérialement intégrer l’Europe si ses membres ne sont pas déjà complètement dévorés par la peste bubonique.


IV. Vous qualifiez Jean Parvulesco, décédé récemment, de « Roumain du Néolithique ». Pouvez-vous expliciter ?

Un orientaliste aussi réputé que Marcel Granet écrivait que le continent indo-européen constituait une seule et même civilisation, des côtes de l’Irlande jusqu’à la Mandchourie. Pierre Gordon parlait, quant à lui, «d’Eglise du Néolithique » pour évoquer la spiritualité pré-moderne de nos pères, dont les reliques minérales (cromlechs, dolmens, mégalithes, stazzonas) tracent sur la peau de notre continent un arc calligraphique infiniment émouvant, qui fait inévitablement pleurer d’amour tout homme un peu sensible et équilibré (donc pas un parlementaire, ni un journaliste, et ni un banquier). La Roumanie est une de ces rares contrées européennes (avec la Sicile, l’Ecosse, la Corse ou la Saxe) à posséder encore un lien avec le Néolithique, et ce lien a un très beau nom : l’archaïsme. Pour savoir en quoi ça consiste, il suffit de voir les premières secondes des Contes de Canterbury de Pasolini : il s’agit simplement d’une poule qui court sur le sol battu d’une ferme ; la façon dont elle court, ou plutôt dont Pasolini nous montre cette course, nous fait immédiatement comprendre que le film ne se situe pas dans une banlieue romaine du vingtième siècle, mais dans une époque très antérieure, une époque où la poule sentait précisément la place qu’elle occupait dans le cosmos, ou pour le dire plus précisément : elle savait qu’elle le sentait sans le savoir. Aujourd’hui, la poule sent qu’elle ne sait plus rien. L’archaïsme, c’est un monde où la morale n’a rien à voir avec les mœurs. Pour en revenir à la Roumanie, c’est un pays qui a toujours été décrit comme la terre du milieu. Je vous invite à lire la description de la Roumanie par De Roux dans L’Ouverture de la Chasse : « Comme le Tibet, la Roumanie est un pays circulaire, un pays central – une Fondation du Milieu – qui tourne catastrophiquement sur lui-même, de gauche à droite dans ses périodes amères ou fastueuses, de droite à gauche dans les Temps de ses ordalies ». Il ajoute un peu plus loin : « Bucarest c’est l’Assomption de l’Europe comme le disait Raymond Abellio, une latinité antérieure, innocente ou peut-être pure, dans ses profondeurs interdites, et choisir l’Europe n’est-ce pas choisir cette plus grande latinité ». Il serait indécent pour moi d’insister sur cette notion de latinité, de réitérer le fait que, contre cette idéologie purement moderne d’identification totale entre la Bretagne (Grande ou Petite) et la celtitude, d’absorption et de folklorisation du Celte au bénéfice exclusif du biniou et des crêpes aux algues, il faut répéter jusqu’à se faire saigner du nez que le Celte est d’abord et avant tout un Latin d’Orient.


 V. Vous avez plusieurs fois critiqué le « conspirationnisme ». Le conspirationnisme est-il en lui-même une conspiration de la modernité (dans le sens où il explique rationnellement des faits hautement symboliques) contre l’aléatoire, c'est-à-dire le Divin ?

Le Divin n’est pas l’aléatoire, il est la Providence, c’est-à-dire le cœur d’un mécanisme non modélisable par les hommes. Certains aspects du conspirationnisme le font ressembler au scientisme, cette suprême hérésie dix-neuviémiste de la science, qui reposait entièrement sur l’orgueil imbécile de vouloir tout comprendre et tout prévoir par la seule description mécaniste du monde. Donnez-moi les coordonnées de tous les points de l’espace et la direction de leurs mouvements à un instant donné, et je vous dirai quels sont ces paramètres à l’instant d’après, affirmait vaniteusement Laplace, fasciné par la prédiction absolutiste des événements. Aujourd’hui, le conspirationniste vous dit : « Décrivez-moi tous les aspects d’un fait divers, et je vous expliquerai dans le détail quels sont les paramètres qui l’ont provoqué », fasciné par la causalité absolutiste des événements. Or, contrairement à ce que pensent ces deux hérétiques, si le hasard n’existe pas, ce n’est pas parce qu’il reste des lois à découvrir, mais parce que ces lois sont à jamais incompréhensibles pour l’espèce humaine. Elles peuvent harmoniquement entrer en résonance avec l’esprit du Brâhmane, et par suite façonner le cadre de la société traditionaliste construite à l’image de la musicale harmonie des sphères, mais elles ne peuvent pas être décrites avec des outils humains. C’est ce qu’ont toujours voulu faire les sorciers lucifériens : scruter les lois divines pour parvenir à les maîtriser. Regardez les films des conspirationnistes les plus célèbres de la planète Internet : Zeitgeist, et vous apprendrez par exemple que les religions monothéistes ont toujours été les armes de domination les plus efficaces des Maîtres Invisibles (leur fameuse « Jesus myth theory »). Etant de nature profondément solaire et johannico-dionysiaque, ces gens de Zeitgeist sont parmi les très rares personnes à parvenir à me rendre dépressif en trois secondes. Ce n’est pas vraiment l’aspect psychologique du conspirationnisme que j’attaque : cela s’appelle la paranoïa, et c’est en général une attitude assez saine et souvent justifiée (chez le créateur, tout du moins). Non, ce qui m’agace, c’est son rôle politique absolument contre-productif, fondé sur un espoir démobilisateur, alors que c’est au contraire d’un désespoir mobilisateur dont l’homme a besoin en ce début de vingt-et-unième siècle pour parachever la Révolution Métaphysique. Enfin, voyez les théories dégueulasses des conspis à propos des révoltes arabes : les mecs vous expliquent qu’elles sont totalement manipulées par le Pouvoir avant même qu’elles n’aient commencé. En bon paranoïaque anti-conspirationniste, je suis certain que l’on prouvera un jour que la plupart de ces conspis sont payés (consciemment ou non) par la CIA. 


VI. Vous décrivez la France comme un peuple d’origine Celte toujours dominé par une élite Franque. Existe-t-il une explication Traditionnelle de ce fait ? Vous notiez également que les assoiffés devaient renouer avec leurs racines Celtes, pourquoi ?

Cela me rend toujours autant malade d’avoir à expliquer ce phénomène, que personne – de l’ultra-droite à l’ultra-gauche – ne comprend ni n’accepte, et qui est pourtant une évidence absolument indéniable : la Gaule est un pays occupé depuis mille cinq cent ans. Cela fait trente ans que je demande à tout le monde de me donner un autre exemple de pays qui se soit fait entièrement contrôler par un nombre infime d’étrangers (le rapport était probablement au plus de 1 contre 1000) sous-civilisés, et qui se soit ensuite soumis des pieds à la tête sans le moindre soupçon de révolte envers ses occupants, aboutissant à la perte d’identité la plus radicale possible : le changement de langue, puis de nom. Un des nombreux signes de cette malédiction historique est que les Français (puisqu’il faut bien les appeler comme ça) sont le seul peuple au monde à ignorer complètement quelle est leur ethnie. Ce connard intégral d’Astérix aurait mieux fait de se battre contre Mérovée plutôt que contre Jules César. Les Celtes savaient s’habiller, boire, manger, prier, chanter, danser, et leur société était traditionaliste autant qu’il était possible de l’être à leur époque (on oublie souvent de dire que les Prêtres – les Druides – partageaient la fonction de Brâhmane avec les Prophètes authentiques – les Vatès, et les Artistes – les Bardes). Les Francs, eux, étaient des sous-hommes au sens traditionaliste du terme. Les terres originelles de Clovis étaient situées à l’extrême nord de la Belgique ; il est cycliquement logique que notre pays crève irrémédiablement aujourd’hui sous la férule de Bruxelles, cette maléfique cuvette de chiottes. S’il est vrai que la Gaule est au Nouveau Testament ce qu’Israël a été à l’Ancien, il est tout aussi vrai que la France a trahi le Nouveau Testament exactement comme Israël a trahi l’Ancien : par la réification de la connaissance, l’ennoblissement de l’outil (le légalisme et la monnaie) comme principe de souveraineté, le renversement du Prêtre par le Roi, puis du Roi par le Bourgeois. La Gaule était initialement élue par Dieu. Prenez une carte géographique de la Gaule, et faites un point sur chaque endroit où la Vierge Marie est apparue : lorsque vous rejoindrez les points par une ligne continue et que vous verrez apparaître la lettre M comme par enchantement, je gage que vous en aurez les larmes aux yeux. La France, elle, est inscrite dans un hexagone qui n’est rien d’autre que l’étoile de David, et cet hexagone s’est précisément établi sous le règne de Clovis. La France est le premier pays à s’être jeté à corps perdu dans les bras moisis de la modernité. Pour éviter de me référer à nouveau à Guénon qui, dans son ouvrage Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, a parfaitement analysé la lutte perpétuelle de la nation française contre la féodalité et le système de castes, je citerai une belle formule de Rodolphe Badinand (tirée de son Requiem pour la Contre-Révolution) : « En brisant la féodalité, les Capétiens ont vitrifié le dynamisme des communautés organiques ». Tout admirateur de Philippe le Bel est mon ennemi irréductible, sans aucun compromis possible. Pierre Asselineau est un patriote français sincère et cohérent, c’est-à-dire républicain et laïc, puisque c’est sur la terre de France qu’ont émergé ces deux fléaux. En revanche, un catholique royaliste qui évoque « cette histoire française qui commence un soir de décembre 496, et qui se prolonge » est, lui, absolument impardonnable. Comme si les Gaulois avaient attendu les Francs pour être catholiques ! Comme si Sainte Marie-Madeleine n’était jamais venue en Provence en février 43 pour déclamer des homélies de feu sous l’inspiration du Saint-Esprit ! Comme si l’histoire de la Gaule était tout à fait négligeable ! Et l’épopée héroïque de Vercingétorix, c’est de la merde ? Cette ignorance de l’histoire de ses pères est ignoble, et donne entièrement raison à Marc-Edouard Nabe lorsqu’il écrit que la Collaboration est le moteur essentiel de la France. La lutte principielle entre l’Orient et l’Occident se reflète à notre niveau par la lutte entre la Gaule et la France, qu’il faut réactiver et remporter, un point c’est tout. Je me trouvais il y a quelques heures sur la piazza del Duomo, la place centrale de Catania aux pieds de l’Etna, assistant à une célébration du cent cinquantenaire de l’unité italienne. C’est toujours très émouvant de voir un peuple heureux d’entonner l’hymne de son propre pays avec joie et fierté, des troupes d’écoliers en pleine santé agiter leur drapeau chéri en riant aux éclats, les yeux tournés vers l’immensité du ciel bleu comme une aubergine. On voit bien que le maire de Catania est de chez eux : il utilise l’argot sicilien pour s’exprimer, et il possède la même physionomie qu’eux : ça se sent bien, c’est physique : s’il ôtait soudain son écharpe tricolore, il pourrait facilement se fondre dans la foule sans que l’on puisse le distinguer d’un pâtissier ou d’un prof de collège. Connaissez-vous une ville française de 300000 habitants où cela serait possible ? Vous avez vu les gueules de Delanoë et de Gérard Collomb ? Vous êtes-vous déjà demandé sérieusement la raison véritable pour laquelle la France est le seul pays où le nationalisme soit si difficile à vivre ? On se plaint toujours dans les milieux « de droite » que, s’il est admis d’être patriote indien, islandais ou congolais, il ne l’est pas d’être patriote français. Mais pourquoi, nom d’une pipe ? Au lieu de vous en plaindre, ne pourriez-vous pas réfléchir à la raison profonde de cet état de fait ? Et ne me répondez pas, s’il vous plaît, que c’est entièrement dû à la prégnance culturelle néo-gauchiste, car je peux vous assurer que celle-ci n’est pas en reste en Italie, où les inscriptions anars pourrissent les façades des églises baroques de Vaccarini tout autant que les paroisses de quartier angoumoises. Relisez Bagatelles pour un Massacre, notamment ce passage où Céline évoque la spécificité ethnique de nos rois de France ; il écrit « Juif » au lieu de « Franc », mais cela ne change rien au fond du problème : jamais aucun souverain de ce pays, à quelque échelle que ce soit (départementale, régionale, nationale), n’a été issu des entrailles du peuple qui le constitue. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de France, il n’y a que l’Ile-de-France. La France n’est pas un pays, c’est un concept, une idée, un point-virgule. D’où cet écart monstrueux qui a toujours existé chez nous entre le Travailleur et le Roi, écart non pas de compétence et de valeur (ce qui serait tout à fait normal et légitime) mais un fossé ethnique abyssal, d’autant plus injuste que la valeur humaine et cosmologique du Travailleur celte est nettement plus élevée que celle du Souverain franc. Lorsque je discute avec un Arabe ou un Noir qui se plaint d’être sous-représenté racialement au niveau des assises visibles du Pouvoir, je lui rétorque qu’on élira certainement un Président noir (ou métis bien entendu) bien longtemps avant d’avoir un Président possédant l’accent alsacien, ch’ti ou marseillais. Vous imaginez, à la place de Harry Roselmack, un présentateur corse issu des hauteurs de Bocognano ? En Hongrie, le prince Arpad est légitime, lui : c’est un magyar ! Que Sarkozy retourne chez sa mère, et battons-nous pour établir la chrétienté souveraine au cœur de la cosmogonie celte ! 


VII. Julius Evola pensait qu’à l’extrême pointe du Kali-Yuga, c’est la masse des travailleurs, la plèbe, qui prendrait le pouvoir. On raille l’anti-communisme d’Evola dans certains milieux, en prétendant qu’il s’est trompé, puisque le communisme est tombé. Pourtant, si l’on observe bien le mouvement du monde, on pourrait en déduire que la dernière ruse du Diable est d’instaurer, via le New World Order, un communisme de marché, inspiré du modèle Chinois. En ce sens Julius Evola avait vu juste. Qu’en pensez vous ?

Evola s’est bel et bien trompé sur ce point, puisque les travailleurs n’ont jamais pris le pouvoir dans aucune société. C’est la (fausse) caste des bourgeois qui a pris le pouvoir, renversée elle-même par la suite par sa propre force de dissolution : l’argent ! Plus la dissolution est effective, et plus l’agent de cette dissolution se dissout lui-même. Le Diable n’existe qu’en tant qu’il s’auto-anéantit perpétuellement. Comme l’écrivait Monseigneur Cristiani dans sa Présence de Satan : « Satan, dans sa rage de voir nier Dieu, préfère se nier lui-même plutôt que de se révéler ». L’argent est à la fois l’arme et le virus de la bourgeoisie. Drieu a bien démontré que le bourgeois est rapidement devenu autant esclave du libéralisme que le prolétaire, puisque le capitalisme a prouvé qu’il n’avait besoin de Personne pour fonctionner. Personne, c’est l’anti-ange Samaël, le Troisième Œil du Cyclope Lucifer, celui qui intervient en « personne » dans le réseau informatique mondial lorsque le trader fait un retour chariot sur son PC pour lancer un programme automatique de transactions commerciales. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsqu’il n’y aura même plus besoin de centrales financières internationales pour activer le satanisme radical, lorsque le renversement de l’ordre traditionnel sera entièrement accompli au sein du Royaume Intérieur de chaque être humain vivant sur cette planète. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsque, longtemps après que l’esprit de chacun d’entre nous se soit fait renverser par l’âme (ce Philippe le Bel de l’individu), et que notre corps bourgeois soit entré à son tour en rébellion contre notre âme pour avoir plus de « libertés », chaque corps sera divisé contre lui-même en des luttes organiques incessantes. L’extrême-pointe du Kali-Yuga se verra lorsque nous serons physiquement morcelés en une infinité de micro-régions vibrionnantes, lorsque notre intime schizophrénie rhizomatique sera économiquement rentable et imposée par le Système entièrement désindividualisé.


VIII. Dans divers de ses écrits, Jean Parvulesco fait référence à « l’Empire Eurasiatique de la fin ». Le terme de Royaume Eurasiatique vous semble plus approprié, pourriez vous expliquer en quoi le Royaume est préférable à l’Empire ?

Le sommet absolu de la littérature, c’est le conte de fées. Connaissez-vous un seul conte de fées qui se déroule dans un Empire au lieu d’un Royaume ? Jamais aucun enfant n’a rêvé d’épouser la fille d’un Empereur, et c’est au Bon Roi que le Chat Botté ou Maistre Goupil font des entourloupes. Le pouvoir du Roi est justifié par l’autorité du Prêtre et du Prophète, celui de l’Empereur ne l’est que par sa propre volonté. Je reviens à Rodolphe Badinand : ses conceptions impériales sont intéressantes, mais elles relèvent toujours de ce satané paganisme militant anti-chrétien, qui croit déceler les sources de l’égalitarisme dans la religion chrétienne ! Ca ne lui dit vraiment rien, le Christ-Roi ? Au fond, on en est resté à la lutte entre guelfes et gibelins. Or de la même manière qu’il faut se déclarer résolument de droite et de gauche (et pas « ni de droite ni de gauche », attitude infantile des anarchistes bazookables), il faut savoir se montrer à la hauteur des enjeux eurasiens et se réclamer à la fois guelfe et gibelin. Ce qu’il faut, c’est un Royaume à l’échelle eurasienne, le Roi – dont la fonction est strictement politique – exerçant sa souveraineté dans un cadre défini par les guides des grandes spiritualités et/ou religions présentes sur le territoire, lesquels sauront faire converger leurs lignes dogmatiques eschatologiques sous le contrôle éthique, esthétique et transcendantal d’un Prophète. Ce Prophète ne sera pas affilié à une religion établie, mais possédera l’autorité suprême de celui qui est initié à la connaissance des Principes Primordiaux. La radicale nouveauté de ce modèle politique, jamais encore mis en œuvre, est aussi importante que le fut la mise en place de la fonction du Roi après la fin de l’Atlantide. Le Roi fut le garant de la conformité traditionaliste des nations, au moment où les ethnies se mêlaient pour former des peuples au grand bénéfice des marchands. Ce système que je propose, avec un Roi justifié par un conclave de guides (un chrétien, un musulman, un bouddhiste) sous le contrôle d’un Prophète, sera le garant de la conformité traditionaliste des nations européennes, en ce début de l’Ere du Verseau où les religions se mêlent pour former des conflits indifférenciés au grand bénéfice des banquiers. 


IX. Selon Theodor Herzl « Israël a le corps en Occident, et le cœur en Orient ». Comment peut être interprétée cette assertion ?

Israël est la tête de pont de l’Occident sur les terres d’Orient, une souillure politique et métaphysique des terres sacrées et plus-que-qualifiées de l’épopée de Jésus-Christ. De toute manières, il est strictement impossible de se réclamer à la fois d’Orient et d’Occident. C’est comme les prétendus bisexuels : en réalité, tous les bisexuels sont homosexuels, sans aucune exception. Mais sur Israël, je ne veux pas raisonner en terme de territoire : les frontières de 1967, le plateau du Golan,… tout ceci ne vaut strictement rien. La question d’Israël est plus un problème de temps que d’espace. De tous les pays du monde, Israël est le seul dont on puisse proclamer qu’il se situe vraiment à la jonction entre modernité et tradition. C’est un pays qui avait toute sa place à l’époque de Moïse, puisque les Juifs étaient un des seuls peuples de l’Ouest à posséder le trésor de la Tradition, les sumériens, les égyptiens et les cananéens l’ayant tout à fait perdu. Les Celtes, les Scandinaves et les Grecs vivaient également dans des sociétés traditionalistes (dans la mesure où on pouvait encore le faire en plein milieu de l’Age de Fer), et la distinction entre les races assignait chaque peuple à une terre. La souveraineté des Juifs en Israël était alors pleinement justifiée. Elle devint totalement illégitime au moment précis où l’Ange Gabriel annonçât à Marie la venue de Jésus-Christ. Israël est une terre chrétienne depuis l’Annonciation, et la seule manière légitime de régler la question serait d’envoyer immédiatement l’armée du Vatican pour occuper Jérusalem et prendre la tête politique du pays, qui serait automatiquement rebaptisé Palestine. Cette terre étant également sacrée pour cette religion justifiée et traditionaliste qu’est l’Islam, une légitimation du pouvoir temporel par une autorité spirituelle, équitablement répartie entre le Pape et un guide musulman de stature équivalente (sur le modèle de ce que j’évoquais il y a un instant pour l’Eurasie), sera reçue par tous les hommes de bonne volonté comme un signal fort de respiritualisation planétaire. 


X. Quel rôle métaphysique la France a-t-elle à jouer dans l’avenir ? Si le fameux arc Paris/Berlin/Moscou/Tokyo se met en place dans l’avenir, que représenterait la France dans cet arc selon vous ?

Je ne reviendrai pas sur les raisons pour lesquelles la France n’a aucun rôle à jouer, et que c’est à la Gaule de s’engager dans le combat des temps de la Fin. Aussi, permettez-moi d’évoquer le rôle primordial de la ville de Marseille, qui est aujourd’hui la dernière ville de France pour la simple raison qu’elle fut la première cité de Gaule, introduisant le culte magnifique d’Artémis d’Ephèse, puis couronnant six cent ans plus tard les noces des Celtes avec le Soleil-Jésus par l’intermédiaire de Sainte Marie-Madeleine. Laissez-moi donc, s’il-vous-plaît, être un tantinet catholique, et préférer à l’axe crépusculaire dont vous parlez, l’axe eschatologico-flamboyant Marseille-Rome-Athènes-Moscou-Téhéran-Pékin-Kyôto. C’est un Axe de Feu Purificateur, un collier Royal formé de perles qui seront, chacune à sa façon, une capitale parousiale apte à servir d’écrin pour l’Avènement de la Jérusalem Céleste. Nous aurons certes beaucoup d’épreuves à traverser avant de parvenir à réaliser cette Alliance des Temps Derniers, des épreuves cent mille fois plus dures que celles subies récemment par le Japon qui, contrairement à ce que prophétisent les bouches d’égout, sortira purifié des catastrophes qui l’accablent. Dieu a voulu avertir le peuple nippon qu’il devait corriger son attitude envers le cosmos. Le Kansai n’a pas été touché : c’est la partie la plus saine du Japon, la plus pure, et elle saura redevenir ce pôle spirituel qu’elle était avant la dégénérescence de l’Ere Meiji (imposée par les Américains). Amaterasu, cette Sainte Vierge d’Extrême-Orient (comme le savait pertinemment Parvulesco) saura reconnaître les siens. Mais lorsque ce sera au tour de l’Europe que Dieu Se décidera à faire des injonctions pour que nous changions d’attitude, nous aurons alors vraiment intérêt à savoir prier de manière efficace. C’est là où le grand tri se fera entre les enfants de l’aube et ceux du crépuscule, entre ceux qui intégreront le temps de la Nouvelle Alliance, et ceux qui tomberont hors du temps, les déchets de Dieu. Je veux vous montrer exactement ce qu’est un enfant lumineux de l’Apocalypse, en laissant la parole au policier japonais chrétien Ha Minh Trang (d’origine vietnamienne), qui a participé aux opérations de secours lors du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011, un homme qui s’est débattu dans la gueule sanguinolente de Satan.

« Hier, j’ai fait une émouvante rencontre avec un enfant japonais qui m’a donné une leçon d’humanité. J’avais été envoyé dans une école primaire pour distribuer de la nourriture aux victimes du séisme. J’ai repéré dans la file un jeune enfant de 9 ans environ qui ne portait sur lui qu’un T-shirt et un short alors qu’il faisait très froid. Je l’ai interrogé. Il m’a raconté qu’il a vu l’auto de son père emportée par la vague. Quand je lui ai demandé où était sa mère, il m’a dit que sa maison était située juste au bord de la mer. Sa mère et son petit frère n’avaient certainement pas pu se sauver à temps.

Voyant qu’il avait froid, je me suis défait de mon manteau de policier et je l’ai mis sur ses épaules, puis je lui ai donné ma ration alimentaire. L’enfant a pris le paquet contenant la nourriture entre ses mains et s’est incliné pour me remercier. Puis, il est allé déposer le paquet dans la caisse où se trouvaient les rations prêtes à être distribuées. Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas mangé la ration alimentaire. "Parce qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ont encore plus faim que moi !"

Après l’avoir écouté, je me suis détourné et suis allé dans un endroit isolé, pour que l’on ne me voie pas pleurer. Pouvais-je me douter qu’en ce moment de misère extrême, un jeune enfant de 9 ans me donnerait une telle leçon d’humanité, une émouvante leçon d’abnégation et d’esprit de sacrifice ? »

J’ai appris ce témoignage par cœur, comme un Pater Noster nucléaire. Sachons élever nos enfants dans l’amour de la justice et de la pureté révolutionnaire : ils en auront besoin pour les temps difficiles qui s’annoncent, où – à l’instar des enfants de Sendai et de Zafferana Etnea – il leur faudra défier Vulcain.